et bla et bla et rebla, le concours d’éloquence

 

concourseloquence

Pourquoi la mer empêche les huîtres de dormir? L’accent marseillais : exagération ou insolation ? Non, ce ne sont pas des réflexions vaseuses, des questions d’ivrogne ni des prouesses d’apprentis oulipiens. Ces phrases plus ou moins incongrues ont été de véritables sujets lors de concours d’éloquence. C’est une réforme du baccalauréat annoncée pour 2021 et prévoyant pour tous un «grand oral» qui a remis l’exercice au goût du jour. L’éloquence dite parlementaire connut ses heures de gloire au point d’être considérée comme un genre littéraire. Les Italiens seront d’ailleurs amusés d’apprendre que Victor Hugo y excella dans un discours à l’Assemblée nationale prononcé le 8 mars 1871 où il contestait l’invalidation de Garibaldi, le vieux révolutionnaire italien « venu mettre son épée au service de la France » (le texte ici). Aujourd’hui, la peur du bac, donc, mais aussi l’envie de réussir un entretien d’embauche, d’obtenir une augmentation ou simplement de convaincre en brillant un copain, sa copine, sa concierge, ont redonné ses lettres de noblesse à un art longtemps voué à l’élite.

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Les sujets d’éloquence peuvent être tour à tour philosophiques, provocateurs, loufoques… Quelques questions données ces dernières années.

Jeanne d’Arc avait-elle trouvé la flamme de sa vie ?

Klaus Barbie : Poupée de cire ou poupée de son ?

Les dés sont-ils jetés ?

Les Lumières ont-ils brillé en société ?

Rien n’est à craindre, tout est à comprendre

Ça c’est vraiment toi

Est-ce que Rocky bat le boa ?

C’est votre dernier mot ?

En mai, fais ce qu’il te plaît

Paris, c’est de la bombe !

Si tu continues à regarder derrière toi, tu vas te prendre un poteau

C’est nouveau au rayon frais.

Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable

Quoi, qu’est ce qu’elle a ma gueule ?

L’accent marseillais : exagération ou insolation ?

Claude François était il un mec branché ?

Yes, we Khan 

Le film Ridicule de Patrice Leconte (1996) brosse un portrait au vitriol de la cour de Louis XVI à Versailles où la spiritualité avait pour ennemi mortel le ridicule:

Ci-dessous la bande annonce du film le Brio, réalisé par Yvan Attal (2017), qui raconte l’histoire d’un prof raciste préparant une jeune beurette au prestigieux concours d’éloquence:

À voix haute de Stéphane De Freitas et Ladj Ly (2017) raconte le concours annuel « Eloquentia » qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 » à l’Université de Saint-Denis, où les candidats sont préparés par des avocats, des metteurs en scène, des slameurs…

à retenir ici 
La flamme de sa vie; dans un registre poético-vieillot, cette expression indique la passion amoureuse. Avouer son amour se dit aussi déclarer sa flamme. Ici, le rapprochement avec Jeanne d’Arc se passe de commentaires.
Poupée de cire, poupée de son est une chanson écrite et composée en 1965 par Serge Gainsbourg, interprétée par France Gall.
C’est votre dernier mot, phrase fétiche de l’animateur du jeu « Qui veut gagner des millions » après chaque réponse des candidats.
Quoi, qu’est ce qu’elle a ma gueule est le titre d’une chanson culte de Johnny Halliday.
Claude François était il un mec branché ? Voilà une phrase bien empreinte d’humour noir faisant allusion à la mort du chanteur yéyé Claude François, foudroyé dans sa salle de bain en changeant une ampoule. Une personne branchée est aussi une personne à la mode.
Djeune est un mot familer pour jeune.
Le 93 désigne le département de la Seine-Saint-Denis, connu pour ses quartiers difficiles. Pour la curiosité, ses habitants ont le nom de Séquano-Dionysiens.

la petite phrase

L’astronomie est née de la superstition ; l’éloquence de l’ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge…
Rousseau, Discours sur les sciences et les arts

 

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Concours mais aussi battle d’éloquence, le mot, très couru sur les antennes télé, fait aujourd’hui un peu plus djeune et sympa :

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miss cagole, mister cacou, kakou, kéké

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2012. Année mémorable pour les Marseillais: le dictionnaire Robert ouvre ses entrées aux « cagole » et « cacou » de tout acabit. C’est fait, le mot « cagole » désigne donc officiellement une « jeune fille, jeune femme qui affiche une féminité provocante et vulgaire » et « cacou » (ou kakou) un « jeune homme qui fait le fanfaron, qui se donne des airs de mauvais garçon ». Le Petit Larousse renchérit et présente la cagole comme une « jeune femme extravertie, un peu écervelée et vulgaire »; le cacou un « frimeur un peu vulgaire » aussi. Les emblématiques cagole et cacou, patrimoines très matériels de la cité Phocéenne au même titre que le Vieux-Port, la pétanque ou un verre de pastis, passent d’un coup à la postérité!

Le quotidien niçois Var-matin nous offre un abédédaire très illustré de ladite dame:

A comme aguicheuse  Hiver comme été, la cagole ne s’embarrasse pas de tissu. C’est ainsi qu’elle attrape le sportif musclé dans ses filets et de sérieux rhumes dans la foulée.

B comme blonde Parfois fausse, souvent brune ou version bicolore, mais sans jamais trahir l’esprit doré.

C comme«cagoulo» Nom du tablier porté par la grand-mère de la cagole: la fameuse trieuse de dattes marseillaise du siècle dernier. Cette travailleuse pleine de courage était réputée – à tort ou à raison – pour sa propension à user de ses charmes afin d’arrondir un maigre salaire.

D comme danger  L’espèce serait menacée par la radasse, cousine qui prolifère dans les environs du port de Toulon.

F comme fût La cagole est aussi le nom d’une bière lancée par deux Marseillais, il y a six ans.

G comme gomme à mâcher ou chewing-gum Constitue l’essentiel de son régime alimentaire.

H comme hautaine La cagole ne sourit pas ou peu. De peur, en réalité, d’accentuer le vieillissement de son visage ou de faire péter ses lèvres botoxées.

I comme incomprise Par extension : fragile et touchante.

J comme jupe  Moulante et courte. Très courte. « Dis, t’as vu ? On lui voit la pachole », ont constaté certains ethnologues.

K comme kakou (ou cavou ou cake)  Le mari de la cagole. Possède son propre abécédaire.

L comme légère Si elle avait des ailes, la cagole volerait.

M comme mascara   Chaque matin, la cagole étale une large couche de peinture, de la paupière à l’iris, le tout couronné d’eye-liner. De fait, la cagole ne possède pas une très bonne vue.

N comme nombril Piercing oblige, bien plus visible que le cerveau chez la cagole.

O comme ongles Longs et colorés. S’en occuper est sa principale activité avec la danse, le bronzage, le téléphone et la respiration.

P comme plastique Au fil du temps, une partie de la population cagolette a muté, plastifiant ce qui n’était pas assez «tanqué ».

Q comme QI  En hausse sensible lorsque deux cagoles se tiennent par la main: c’est alors qu’apparaît enfin une synapse.

R comme rehaussée La cagole est toujours montée sur échasses, ces fameux pilotis qui la signalent de loin.

S comme string Porté de manière ostentatoire, il est aussi indispensable à sa panoplie que les lunettes de soleil. Peut l’oublier dans la «nighttt!».

T comme tendance La cagole est à la mode, ou plutôt à sa mode. Son mauvais goût est une marque de fabrique, une fierté. À tel point que cela en devient presque raffiné.

U comme UV  Si elle ne migre pas, la cagole n’en est pas moins toujours bronzée. Dort à la plage l’été, dans un solarium l’hiver. Renforce le tout, si besoin, avec du fond de teint.

V comme vulgarité Ainsi la cagole y va de son accent prononcé pour la prononciation forte et accentuée du parler provençal et/ou populaire. Jargons qu’elle torture à merveille quand il s’agit de s’engatser. Car, c’est bien connu, la cagole «craint dégun».

W comme WONDERBRA®  Son charisme peut être, suivant sa capacité pulmonaire, relevé par quelque armature.

X comme les films La cagole s’insurge de ce qu’on la traite de temps en temps comme une actrice du genre.

Y comme«yaiiiiii!» Cri de ralliement des cagoles qui l’utilisent aussi en début de phrase. Ajoutent souvent «J’adore!» pour étayer leur propos et «Salette!» pour exprimer un étonnement.

Z comme zèbre Est au cheval ce que la cagole est à l’homme : une espèce bravache, sauvage et inutile qui nargue la faune avec ses motifs léopard.

Pas de cagole sans son alter ego frimeur et on ne peut plus bling-bling, le cacou (ou kakou):

Elie Kakou dans une interprétation du cacou de Marseille:

Un portrait plus appuyé encore, voici le kéké, bête, crâneur, vulgaire et bien moins sympathique que le susdit cacou. La figure du kéké des plages a connu ses heures de gloire avec l’acteur et réalisateur Frank Dubosc:

 

à retenir ici
Les figures italiennes de la tamara et du tamaro sembleraient correspondre à nos cagoles et cacous nationaux.
L’expression faire le cacou veut dire frimer, faire son intéressant, faire le beau, jouer les fanfarons, rouler des mécaniques. En français plus populaire, une alternative: se la péter ou bien faire le kéké.
Le kéké, un sbruffone, spaccone.
Bling-bling est à l’origine une onomatopée devenue adjectif pour qualifier celui qui fait étalage clinquant de richesse.
La cité Phocéenne est le surnom de Marseille.

la petite phrase
Elles arborent nail-art, minijupe, talons vertigineux, cheveux (dé)colorés, tatouages cœur, jambes bronzées, bagues aux doigts. Elles, ce sont les cagoles, ces Marseillaises typiques qui arpentent la Canebière depuis la nuit des temps.
Carole Boinet dans les Inrocks

Rien que pour le plaisir et le jeu des correspondances transalpines, le cacou-kéké italien des années 50 avec Alberto Sordi dans Il seduttore de Franco Rossi (1954):

Le cacou-kéké italien ou tamaro de et avec Carlo Verdone dans Viaggio di nozze (1995):

la langue géographique

marius

A un journaliste qui souligna un jour son bel et tonitruant accent marseillais, Raimu répondit d’un ton légèrement pincé: « Non Monsieur, je suis de Toulon et l’accent de Toulon est beaucoup plus distingué! ». C’est entendu, la nuance même quasi inaudible vaut son pesant d’or. Alors pour dégrossir nos oreilles formatées à l’écoute d’un français de télévision cadencé sur les lois du bien dire et parler parisien, voici d’autres variantes, d’autres chants de voix entendus ça et là sous de plus ou moins lointaines géographies.

Écoutons d’abord Fernandel rendre hommage aux accents du midi dans un texte de Miguel Zamacoïs,  Avoir l’accent:

De l’accent! De l’accent! Mais après tout en-ai-je?
Pourquoi cette faveur? Pourquoi ce privilège?
Et si je vous disais à mon tour, gens du Nord,
Que c’est vous qui pour nous semblez l’avoir très fort
Que nous disons de vous, du Rhône à la Gironde,
« Ces gens là n’ont pas le parler de tout le monde! »
Et que, tout dépendant de la façon de voir,
Ne pas avoir l’accent, pour nous, c’est en avoir…

Eh bien non ! je blasphème! Et je suis las de feindre!
Ceux qui n’ont pas d’accent, je ne puis que les plaindre!
Emporter de chez soi les accents familiers,
C’est emporter un peu sa terre à ses souliers,
Emporter son accent d’Auvergne ou de Bretagne,
C’est emporter un peu sa lande ou sa montagne!
Lorsque, loin du pays, le cœur gros, on s’enfuit,
L’accent? Mais c’est un peu le pays qui vous suit!
C’est un peu, cet accent, invisible bagage,
Le parler de chez soi qu’on emporte en voyage!
C’est pour les malheureux à l’exil obligés,
Le patois qui déteint sur les mots étrangers!

Avoir l’accent enfin, c’est, chaque fois qu’on cause,
Parler de son pays en parlant d’autre chose!…

Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent!
Je veux qu’il soit sonore, et clair, retentissant!
Et m’en aller tout droit, l’humeur toujours pareille,
En portant mon accent fièrement sur l’oreille!
Mon accent! Il faudrait l’écouter à genoux!
Il nous fait emporter la Provence avec nous,
Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages
Comme chante la mer au fond des coquillages!
Ecoutez! En parlant, je plante le décor
Du torride Midi dans les brumes du Nord!
Mon accent porte en soi d’adorables mélanges
D’effluves d’orangers et de parfum d’oranges;
Il évoque à la fois les feuillages bleu-gris
De nos chers oliviers aux vieux troncs rabougris,
Et le petit village où les treilles splendides
Éclaboussent de bleu les blancheurs des bastides!
Cet accent-là, mistral, cigale et tambourin,
A toutes mes chansons donne un même refrain,
Et quand vous l’entendez chanter dans ma parole
Tous les mots que je dis dansent la farandole!

L’accent du midi,  ici dans la cultissime partie de cartes de Marius (Marcel Pagnol) où les nombreux subterfuges de la triche sont évoqués:

L’accent parisien dans Hôtel du Nord de Marcel Carné avec Louis Jouvet donnant la réplique à une toute jeune et fringante Arletti:

Cours accéléré d’accent et parler ch’timi dans le film de Dani Boon Bienvenue chez les Ch’tis suivi, pour le plaisir, de son correspondant italien, Benvenuto al Sud, précis de napolitain réalisé par Luca Miniero:

 

L’accent alsacien dans un sketch du trio Les Inconnus:

Beau duo d’accent pied-noir dans Un éléphant ça trompe énormément d’Yves Robert:

Un accent belge à couper au couteau avec Jacques Villeret dans le Dîner de cons de Francis Veber:

 La reine Zouc dans toute sa splendeur, robe noire, petit chignon et accent suisse:

L’accent des banlieues dans les Lascars, série culte de la street culture:

Et pour finir, petit cours d’accent québécois:

Aperçu de glottophobie

Les accents régionaux font de la résistance

Il y a, c’est vrai, une discrimination plus marquée pour les cadences pointues venues du Nord de la France que pour les accents méridionaux, toujours sympathiques et bon enfant même s’ils ne font pas très sérieux. Cette hostilité se range sous un mot un tantinet barbare, inventé par le sociolinguiste Philippe Blanchet, la « glottophobie » : « le mépris, la haine, l’agression, le rejet, l’exclusion, de personnes, discrimination négative effectivement ou prétendument fondés sur le fait de considérer incorrectes, inférieures, mauvaises certaines formes linguistiques (perçues comme des langues, des dialectes ou des usages de langue) usitées par ces personnes, en général en focalisant sur les formes linguistiques (et sans toujours avoir pleinement conscience de l’ampleur des effets produits sur les personnes) ».

Ci-dessous un exemple tout cru avec Jean-Luc Mélenchon, chef de file du mouvement la France Insoumise.

Un jour un seul après ce malheureux épidose,  une députée évoquera une proposition de loi : «L’accent, qu’il soit mosellan, ch’ti, du sud, parisien ou encore banlieusard» appartient à « l’identité de nombreux Français (…). Pourtant, ces accents peuvent être source de railleries, humiliations et discriminations», voilà pourquoi de nombreux journalistes essaient «d’atténuer leur accent pour mieux se fondre dans un standard dit parisien». La balle est maintenant dans le camp de l’Assemblée.

à retenir ici
Parigot, parigote est un adjectif et nom pour qualifier de façon péjorative et populaire un Parisien, une Parisienne.
L’accent des banlieues ou banlieusard se dit aussi accent des cités.
L’accent pointu, c’est ainsi que les gens du midi définissent l’accent de la capitale. Parler pointu signifie donc parler avec un accent du Nord, très souvent parisien.
Un accent chantant est un « accent du Sud ».
À couper au couteau est une expression qualifiant les brouillards très épais et les forts accents, étrangers ou régionaux.

la petite phrase
L’accent marseillais : exagération ou insolation ?
(Sujet de l’édition 2017 du concours d’éloquence)

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derniers cris parisiens

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Loïc Prigent, journaliste de mode et réalisateur, arpente les défilés du Tout-Paris avec un regard de diablotin mondain malgré tout, oui oui, plutôt bienveillant. Ci-dessous, un aperçu de sa fashion nawak, montrant délires et folies des défilés d’écoles de mode.
Petites phrases assassines et rosseries de langues de putes entendues lors de la Fashion Week, Loïc Prigent en a plein ses carnets. A découvrir de toute urgence sur ses comptes Twitter et Instagram.
Petit avant-goût de ses juteux pépiements:
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Autres et ultimes minuscules perfidies:

Oui, elle se parfume énormément. On l’appelle « Le Sephora A Explosé ».

Je ne pourrais pas m’investir avec un mec qui porte des tee-shirts à col V.

Elle a quel âge ?
– Impossible à dire. Elle fait des liftings pervers où le chirurgien laisse de vraies fausses rides.

Il voulait se faire virer alors il est venu en costume saumon au studio pendant un mois.

Je sais qu’il y a des gens qui meurent dans le monde, mais réglons un problème à la fois et commençons par tes cheveux.

Tu peux me passer un chewing-gum ? J’ai une haleine automne-hiver 1992.

J’ai trouvé un stage à mon fils à Milan. Il est revenu autobronzé et les sourcils épilés.

Tu veux du champagne ?
– Non merci, ça me rappelle trop le boulot.

C’est qui la styliste ? Une vieille copine aveugle ?

Vous pourrez lui poser des questions demain mais venez en noir pour ne pas déranger le processus créatif.

C’est tellement moche on dirait une fringue de l’an prochain

Sublime chaussure. C’est un gratte ciel. Elle est vendue avec les pansements de pied.

Tu devrais interviewer ses chaussures, elles ont plus de choses à dire qu’elle.

Ce sont des talons conçus pour être vus dans l’autre sens. Jambes en l’air.

*

Catherine Deneuve, grande dame des défilés parisiens, lit ici quelques répliques du  J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste. Pépiements publié par Loïc Prigent aux éditions Grasset.

*

à retenir ici
une langue de pute est une personne, homme ou femme, qui dit du mal dans le dos des autres. Synonyme, mauvaise langue et, plus fort et imagé, langue de vipère.
le Tout-Paris, nom masculin utilisé au singulier seulement, désigne l’ensemble de toute célébrité, littéraire, artistique, politique etc. fréquentant les événements mondains de la capitale.
nawak: voici un mot masculin invariable venu tout droit du verlan portninwak («n’importe quoi») allégé par la suite en portnawak puis nawak pour des facilités d’usage.  Le sens varie selon l’emploi, absurde, sans intérêtn’importe quoi. La phrase C’est nawak! est l’équivalent de c’est absurde,  c’est n’importe quoi.
pépiement est l’équivalent français, et toujours chaudement recommandé, de tweet.
dernier cri signifie à la mode. Jeu de mot ici avec le sens littéral de la locution.

la petite phrase
J’adore et admire tous ceux qui sont différents. J’aime ça. Le «jet set» est banal. Le «bon goût» est banal. L’excentricité est chic. Le bon goût paralyse.
Jean-Paul Gaultier

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le choix du traversin

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Le Larousse dit: « coussin long placé à la tête du lit et qui occupe toute la largeur de celui-ci ». Le traversin, donc et par pure définition, traverse et barre le lit de sa forme tubulaire et simpliste. Quelle idée singulière, pour nos voisins étrangers, que cet objet plutôt encombrant, souvent inconfortable et même inutile. La gamme et les conforts sont pourtant vastes, du garnissage naturel (plumes ou  duvets) au rembourrage synthétique (fibres de polyester), souples, durs, à mémoire de forme. Le traversin a des vertus que l’oreiller ignore. Les enfants le savent bien qui l’ont tous un jour enfoui sous leurs draps, en lieu et place d’eux-mêmes, pour faire croire qu’ils dormaient. Un stratagème qui permettait d’organiser une petite farce ou, pour les plus adolescents, de faire le mur en toute tranquilité. Le traversin, on l’attrape aussi à pleines mains et on organise avec ses sœurs, frères ou copains de chambrée de grandioses batailles de polochon (autre mot pour désigner le traversin) comme celle qui fut immortalisée dans le film Zéro de conduite de Jean Vigo sorti en 1933.
L’oreiller? Le traversin, toujours, assurément.

Depuis 2010, les bagarres de polochon ont même leur une journée internationale et leurs batailles officielles; ici, place du Capitole à Toulouse.

http-::img.over-blog.com:600x500:1:74:49:41:Evenements-importants:Evenements-avril--mai--juin:Bataille-sur-place-du-capitole

Règles de la Bataille de polochons

1. Arrivez à 15h précise sur le lieu du rendez-vous (réglez vos montres).
2. Cachez votre oreiller.
3. Ne lestez pas votre oreiller.
4. Attendez le signal (coup de sifflet) pour sortir votre oreiller et commencer la bataille.
5. Restez éloignés des routes et voie d’accès (pour éviter les problèmes avec les autorités).
6. Ne frappez pas quelqu’un qui n’a pas d’oreiller en main (cela inclut les porteurs d’appareils photos ou de caméras pouvant se trouver dans la bataille, les touristes, et autres… utilisez votre bon sens!).
7. Restez polis: nous sommes là pour nous amuser.
8. Ne continuez pas la bataille après le coup de sifflet final.
9. Nettoyez avant de partir (On veut recommencer l’année prochaine!).
10. Dispersez vous ensuite rapidement.
11. N’hésitez pas à venir déguisés!
12. Éclatez vous! Ce n’est pas tous les jours que de telles occasions se présentent!
Conseils:
– Retirez vos lunettes, et tout objet susceptible de s’accrocher, tomber, se casser etc…
– Utilisez un oreiller en plume pour plus de fun
– si vous souhaitez prendre des photos, filmer, faire une pause, écartez-vous du groupe
(HuffPost fr.)

à retenir ici
Un traversin se dit aussi polochon, plus familièrement boudin ou saucisson.
L’expression faire le mur se dire en italien « uscire di nascosto », « sgattaiolare via ».

la petite phrase
Madame Morin ne quittait guère sa loge, (…) étroite, basse, humide et n’ayant de considérable que le lit, si bien garni de paillasses, de matelas, de couvertures, de courtepointes, de traversins, d’oreillers, d’édredons qu’il me semblait incroyable qu’on pût y coucher sans être aussitôt étouffé.
A. France, Petit Pierre, 1918.

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la Joconde à moustache

 

Ce qui d’un côté des Alpes s’annonce comme « La Joconde de Léonard de Vinci » se dit de l’autre « La Mona Lisa di Leonardo ». Ce qui, d’un côté, se pose comme la star incontestée du musée du Louvre devient, de l’autre, l’appropriation la plus éhontée de tous les temps. Ça commence plutôt mal. Au fil des ans, le tableau est aussi devenu l’objet de toutes les dérisions. On ne compte plus les Joconde à moustaches apparues sous d’autres pinceaux plus ou moins célèbres ou les Mona Lisa griffonnées aux bic, feutre et crayon dans les manuels scolaires. Une habitude assez française, somme toute, de désacraliser gentiment, sans insulte ni gros mots mais d’un trait sans appel photo, buste ou portrait des visages populaires.

le vol de la Joconde

La Joconde au goût du jour

Je suis la star (A musée vous, A musée moi, Arte)

Plainte nocturne (A musée vous, A musée moi, Arte)

Drague en ligne (A musée vous, A musée moi, Arte)

à retenir ici
On ne francise plus le nom des personnalités comme cela fut l’usage autrefois. Souvenons-nous des Michel-Ange (Michelangelo), Christophe Colomb (Cristoforo Colombo) ou Benoît XVI (Benedetto XVI), l’inverse étant tout aussi couru, de Carlo Magno (Charlemagne) à Putin (Poutine).
À l’encontre de l’italien pluriel « baffi », le mot moustache s’utilise au singulier pour les êtres humains, au pluriel pour les chats et tous les animaux mais au singulier lorsque l’on évoque certaines pilosités féminines.
Dans le langage familier et toujours au pluriel,  les bacchantes désignent de grandes et belles moustaches.

la petite phrase
La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts
André Malraux, La tête d’obsidienne

La Joconde, à d’autres sauces

Bertall, dessinateur et illustrateur français. A gauche, La Semaine des enfants, 1857 ; à droite, Le Journal pour rire, 1852. Source Gallica.bertall-enfant-peintre

 

Marcel Duchamp, LHOOQ  (le titre ne se lit pas comme un mot mais s’épèle et s’entend donc comme elle a chaud au cul), 1919

Salador Dali, Autoportrait en Mona Lisa, 1954Salvador Dali self-portrait painting as the Mona Lisa

*

azerty mon amour

Affiches anciennes divers

1870, année mirifique! La machine à écrire à clavier vient d’être inventée par un lointain éditeur du Wisconsin. Les bureaux s’ouvrent alors au nouveau métier de dactylos et à leurs concerts de tac tac mécaniques. Lettres de directeurs, articles de journalistes et chapitres d’écrivaillons, toute phrase écrite passe maintenant par lui. Oui mais voilà, le rythme des tac tac se grippe souvent: deux touches adjacentes du clavier, si elles sont tapées rapidement l’une après l’autre, coincent et tordent les petites tiges qui les soutiennent. L’astuce consiste alors à repenser l’ordre des lettres et éloigner celles qui sont le plus souvent tapées à la suite. C’est ainsi que, dans les pays anglophones, le clavier QWERTY voit le jour et résout le problème. Les germanophones pour leur part utilisent plus de Z que de Y : QWERTY devient QWERTZ en Allemagne, Suisse et Europe de l’Est. La France préfère le A au Q et le Z au W: au clavier AZERTY de voir le jour et de s’imposer dans tout le monde francophone. Mais ce n’est pas fini (voir document en fin de post).

à retenir ici 
Une touche est un tasto, en musique (piano, accordéon etc.) comme en informatique. La touche entrée de nos ordinateurs se dit tasto invio, pavé numérique, tastierino numerico, touche de verrouillage des majuscules, blocco maiuscole, barre d’espace ou d’espacement, barra spaziatrice o spazio, raccourci clavier, tasto di scelta rapida.

la petite phrase
« – Écrivez-vous encore?
– Il s’est passé une chose importante dans l’histoire de l’écriture, c’est la disparition de la machine à écrire; la mienne a tant servi à la rédaction de mes livres et des traductions que je faisais. Elle ne me sert plus désormais. »
Michel Tournier, interview au Figaro, été 2015

https-::2.bp.blogspot.com:-OR-colfe0AA:V4S74FzPulI:AAAAAAAAEv8:S98X2EAlI9kZy_t7zAgQKS_6qURAAaO6gCLcB:s1600:Dactylosemarie

 

1. Qui a décrété qu’il fallait faire évoluer le modèle de clavier AZERTY et pourquoi ?

Ce projet a débuté en 2015 à la demande du ministère de la Culture, et plus précisément de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France. Deux raisons principales ont motivé sa demande. La première était que, contrairement à beaucoup de voisins européens, la France ne dispose pas, aujourd’hui, d’une norme organisant les touches sur le clavier utilisé sur les matériels informatiques habituels. En résulte une certaine diversité des modèles proposés sur le marché français : selon le système d’exploitation et selon le fabricant du clavier, certaines touches ne sont pas disposées au même endroit, ou alors, ne sont pas disponibles.

2. Quels sont les bénéfices attendus pour l’utilisateur ?

L’objectif est de limiter les difficultés dactylographiques actuelles, telles que l’usage des caractères accentués, en particulier des caractères accentués en majuscule, l’usage des « doubles chevrons », ainsi que l’usage des deux ligatures du français que sont les « æ » (e dans l’a) et « œ » (e dans l’o) et leurs équivalents en capitales « Æ » et « Œ », pour n’en citer que les plus récurrentes. La norme a pour objectif de proposer des solutions pour écrire en français correctement avec un clavier commercialisé en France.

3. Qui conduit ce projet ?

Ce projet a été confié à AFNOR, l’organisme spécialiste des normes volontaires en France. Son rôle a été de constituer une commission en sollicitant des parties prenantes au sujet (liste accessible ici) et de susciter des contributions actives. Cofinancé par celles et ceux qui écrivent la norme, en l’occurrence le ministère de la Culture et d’autres membres de la commissions, ce projet itératif a abouti à deux proposition de modèles de claviers, décrits dans un projet de norme volontaire, aujourd’hui ouvert aux commentaires de tous.

4. S’agit-il d’une loi, d’une réglementation ?

Non, il s’agit d’une norme d’application volontaire. Elle sera d’application optionnelle. À sa publication fin 2017, la norme volontaire sera mise à la disposition de tous et notamment des fabricants, mais aussi des donneurs d’ordres que sont les entreprises et les administrations. Ces dernières pourront, lors d’appels d’offres, signaler à leurs fournisseurs que respecter la norme est une condition. Les fabricants pourront aussi décider de conformer leurs claviers à la norme, s’ils jugent que les consommateurs le souhaitent.

5. La norme propose deux modèles, AZERTY et BÉPO : pourquoi ?

Les membres de la commission de normalisation ont souhaité proposer ces deux modèles, tout simplement parce qu’ils répondent à des usages différents et majoritaires en France. Autrement dit, ils n’ont pas souhaité définir un seul modèle de clavier, car les pratiques sont plurielles. Le premier modèle proposé est une version améliorée de l’AZERTY. Les 26 lettres de l’alphabet et les chiffres ne changent pas de place, contrairement à certains autres signes tels que certaines voyelles accentuées, l’arobase, les accolades…. Le deuxième est une version également améliorée du modèle BÉPO, un modèle moins connu du grand public, mais très utilisé par une communauté militante de l’ergonomie du clavier.

6. Pourquoi ne pas passer à QWERTY ? QWERTZ ? Avez-vous pensé aux codeurs ? Aux “gamers” ?

Les modèles QWERTY dit “Canadien multilingue standard”, QWERTZ de Suisse romande, ou d’autres présentent des avantages y compris pour la saisie du français et sont utilisés par une minorité d’utilisateurs en France. Toutefois, il existe aussi une forte demande pour ne pas trop s’éloigner du modèle de clavier traditionnel AZERTY. Il est tout à fait possible de modifier celui-ci pour qu’il offre aux utilisateurs de France un niveau de service élevé.

Les modèles de clavier proposés sont généralistes. Ils prennent en compte une vaste gamme de besoins qui vont de la saisie de texte en français aux usages internationaux, en passant par les textes scientifiques, les codes informatiques, les réseaux sociaux. Mais un clavier généraliste ne répond pas forcément à tous les besoins spécialisés. Les personnes souhaitant développer un clavier adapté à leurs besoins peuvent s’appuyer sur les recommandations de l’annexe D du projet de norme.

7. Faut-il choisir entre AZERTY et BÉPO ?

L’enquête publique vise à recueillir des améliorations pour les projets AZERTY et BÉPO, et non de voter pour l’un ou pour l’autre. AFNOR réalise des enquêtes publiques pour toutes les normes volontaires, dans la continuité du travail réalisé en commission de normalisation. Le but est d’élargir la réflexion engagée et de bénéficier d’apports extérieurs de la part de personnes qui n’ont pu participer au projet jusqu’alors.
8. Où peut-on voir les projets de claviers proposés, faire des commentaires ?

Nous demandons aux internautes de se connecter. Tous les commentaires seront étudiés par la commission de normalisation.

9. Pourquoi faut-il s’inscrire pour découvrir le projet de texte ?

Une inscription, avec une simple adresse électronique, est nécessaire pour découvrir le texte et le commenter. Ceci permet au chef de projet AFNOR d’inviter ensuite tous les contributeurs à la réunion de dépouillement, prévue le 12 juillet.

10. Les claviers non conformes à la norme seront-ils obsolètes ?

Pas du tout. Les consommateurs pourront bien heureusement conserver leurs claviers actuels s’ils le souhaitent. Ils seront toujours fonctionnels. Ils pourront aussi acheter les nouveaux claviers qui devraient apparaître sur le marché, s’ils pensent qu’ils peuvent augmenter leurs capacités d’écriture.

© ShutterStock/Markus Mainka

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aux quatre coins de l’Hexagone

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Pays de Molière, Patrie des droits de l’homme, Fille aînée de l’Église, l’Hexagone… la France s’affiche sous de nombreux surnoms. Pour retrouver les origines de ce dernier, il faut remonter aux hussards noirs, fameux instituteurs pionniers des années 1860. Pour appliquer les lois de Jules Ferry préconisant une instruction obligatoire, gratuite et laïque pour tous, il fallait aussi en faciliter l’apprentissage. Cela passa, entre autres, par la géographie et la simplification de la forme du pays. Certains géographes y voyaient un pentagone, d’autres, comme Elisée Reclus, un bel octogone. Eh bien ce fut l’hexagone qui l’emporta. Mais il fallut attendre la décolonisation des années soixante pour que le terme se popularisât lorsque, le territoire national diminuant et revenant à des limites strictement européennes, il finit par coïncider avec les contours d’une figure à six côtés.

à retenir ici
La majuscule du mot Hexagone évite la confusion et renvoie au pays, non à la géométrie.
L’expression aux quatre coins de  signifie partout (le titre propose bien sûr un jeu de mot).
Petite histoire. Charles Péguy popularisa le terme de « hussard noir » dans L’Argent en 1913 : « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes ; sévères ; sanglés. Sérieux, et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence ».

Une promotion de futurs instituteurs de l’École normale de Loches (Indre-et-Loire) en 1907.

la petite phrase
depuis 1962, on utilise parfois le terme d’Hexagone pour désigner la France: c’est une manière de comparer la France métropolitaine réduite à la dimension européenne à la France d’avant la décolonisation, qui était à la tête d’un vaste empire colonial.
Dictionnaire encyclopédique Quillet, édition 1977

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la bouche et la babine

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Parler petits fours entre amis ne veut pas dire s’échanger des conseils sur les meilleurs encastrables, cuisinières et fourneaux. Le petit four ne s’achète pas au rayon électroménager des supermarchés. C’est dans une pâtisserie chic qu’on va le choisir, dans sa version plus généralement sucrée, à la crème, au chocolat, à la pâte d’amande, aux fruits, à tout ce qui existe de subtilement bon et c’est avec une tasse de thé ou un verre de liqueur qu’il se savoure le mieux. Le petit four, son nom l’indique, est une petite pâtisserie cuite « à petit four » c’est-à-dire à feu bas. Un délice dont la vue met instantanément l’eau à la bouche. Après dégustation, une seule alternative: ou on se lèche les babines ou on y replonge illico.

à retenir ici
Le mot s’écrit avec trait d’union, petit-four (petits-fours), ou sans, petit four (petits fours).
Pâtisserie signifie à la fois le gâteau (« dolce », « pasta ») et le magasin qui le fabrique et le vend, (« pasticceria »).
L’expression avoir l’eau à la bouche signifie « avere l’acquolina in bocca » et se lécher les babines, « leccarsi i baffi ».
La citation ci-dessous joue sur la polysémie de petit four qui peut vouloir dire petit gâteau (« pasticcino ») et échec (« sconfitta », « fiasco »).

la petite phrase
La critique est aisée? Ah, à qui le dites-vous! Elle  s’enrichit à nos dépens et se nourrit de petits fours.
Sacha Guitry, Toutes réflexions faites

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les platanes de Napoléon

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A l’époque napoléonienne, c’était encore des routes en pleine fournaise que les soldats devaient emprunter l’été pour gagner et quitter leurs pénates. Chaleur et soif devenaient alors leurs premiers et derniers tourments d’avant et d’après les batailles. L’empereur prit alors la décision de border les grands chemins de platanes, génétiquement voués à devenir énormes et centenaires et à produire de larges, très larges feuilles aux ombres et fraîcheurs réparatrices. Au fil des ans, leurs alignements sont devenus indissociables des départementales et des places de villages, des parties de pétanque et des marchés à ciel ouvert. C’est avec l’apparition des deux et quatre roues de plus en plus rapides que les platanes furent accusés de la mort des chauffeurs ou chauffards qui les percutaient. Dans les années 70, on lança une féroce campagne de dénigration: sus aux platanes, ils sont meurtriers, sont un défi permanent à la sécurité routière, sont une calamité. Il fallait les abattre. Pompidou, alors président, s’y opposa catégoriquement. Depuis et jusqu’à aujourd’hui, le débat est resté ouvert. Et c’est justement pour épargner ces grands arbres séculaires que certains départements font blanchir le bas des troncs à hauteur de phares les rendant ainsi plus visibles de loin même et surtout la nuit.

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à retenir ici
L’adjectif « caldo » se traduit par l’adjectif chaud; le nom « caldo » par le nom chaleur.
Un chauffeur est le conducteur d’un véhicule, un chauffard un mauvais conducteur, le suffixe -ard étant souvent formateur d’adjectif ou substantif à valeur péjorative. Voir nul et nullard, snob et snobinard, ringard, tocard, revanchard
Une route est nationale entre les grandes villes; départementale, entre les régions; communale, entre les villages.
L’adverbe sus se retrouve dans l’expression sus à l’ennemi ! (« addosso al nemico! »).

la petite phrase
La preuve que Dieu est ami des joueurs de boules, c’est que les feuilles des platanes sont proportionnées à la force du soleil.
Pagnol, Le temps des amours

le petit texte
Le platane
Tu borderas toujours notre avenue française pour ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit sèchement de la platitude des écorces,
Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte au ciel à mains plates plus larges d’autant que tu fus tronqué,
Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu prépares à bout de branches pour le rapt du vent,
Tels qu’ils peuvent tomber sur la route poudreuse ou les tuiles d’une maison… Tranquille à ton devoir tu ne t’en émeus point :
Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu’un seul succédant vaille au fier Languedoc
A perpétuité l’ombrage du platane.
Francis Ponge, Pièces (1942)

la petite lettre
Mon cher Premier Ministre,
J’ai eu par le plus grand des hasards, communication d’une circulaire du Ministre de l’Equipement -Direction des Routes et de la Circulation Routière- dont je vous fais parvenir photocopie.
Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait déjà été communiquée à de nombreux fonctionnaires chargés de son application, puisque c’est par l’un d’eux que j’en ai appris l’existence.
Elle appelle de ma part deux réflexions : la première, c’est qu’alors que le Conseil des Ministres est parfois saisi de questions mineures telles que l’augmentation d’une indemnité versée à quelques fonctionnaires, des décisions importantes sont prises par les services centraux d’un Ministère en dehors de tout contrôle gouvernemental ; la seconde, c’est que, bien que j’aie plusieurs fois exprimé en Conseil des Ministres ma volonté de sauvegarder « partout » les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l’égard des souhaits du Président de la République. Il en ressort, en effet, que l’abattage des arbres le long des routes deviendra systématique sous prétexte de sécurité. Il est à noter par contre que l’on n’envisage qu’avec beaucoup de prudence et à titre de simple étude, le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques. C’est que là il y a des Administrations pour se défendre. Les arbres, eux, n’ont, semble-t-il, d’autres défenseurs que moi-même et il apparaît que cela ne compte pas. La France n’est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l’importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage. D’ailleurs, une diminution durable des accidents de la circulation ne pourra résulter que de l’éducation des conducteurs, de l’instauration des règles simples et adaptées à la configuration de la route, alors que complication est recherchée comme à plaisir dans la signalisation sous toutes ses formes. Elle résultera également des règles moins lâches en matière d’alcoolémie, et je regrette à cet égard que le gouvernement se soit écarté de la position initialement retenue. La sauvegarde des arbres plantés au bord des routes -et je pense en particulier aux magnifiques routes du Midi bordées de platanes- est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d’un milieu humain. Je vous demande donc de faire rapporter la circulaire des Ponts et Chaussées, et de donner des instructions précises au Ministre de l’Equipement pour que, sous divers prétextes (vieillissement des arbres, demandes de municipalités circonvenues et fermées à tout souci d’esthétique, problèmes financiers que posent l’entretien des arbres et l’abattage des branches mortes), on ne poursuive pas dans la pratique ce qui n’aurait été abandonné que dans le principe et pour me donner satisfaction d’apparence. La vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez tous un besoin d’évasion, de nature et de beauté. L’autoroute sera utilisée pour les transports qui n’ont d’autre objet que la rapidité. La route, elle, doit redevenir pour l’automobiliste de la fin du vingtième siècle ce qu’était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l’on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France. Que l’on se garde de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté !
Georges Pompidou à son premier ministre, Jacques Chaban-Delmas

 

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